Et un sourire
La nuit n'est jamais
complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, faim à satisfaire,
Un coeur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.
Paul Eluard
Et un sourire
Qui est Djéha
?
Mulla
Nasr Eddin (dit djeha) est un personnage du folklore traditionnel
du Moyen-Orient. De l'Afrique du Nord, jusqu'à la Chine, en passant
par l'Egypte, la Syrie, la Turquie, on le retrouve confronté à de
nombreuses aventures déroutantes et drôles. Suivant les régions son
nom change, mais les histoires sont semblables qu'il s'appelle
Ch'ha, Nasr ddin Hodja, Mulla Nasr Eddin, Goha, Djeha, Srulek ou
encore Effendi...
Tantôt idiot, tantôt sage, toujours
facétieux, il nous fait toujours sinon rire, du moins sourire, par
sa naïveté feinte ou son sens de l'absurde, qui tourne en dérision
l'arrogance, l'orgueil, la vanité et la bêtise des puissants et des
riches aussi bien que des ignorants qui s'ignorent. Il peut être
grave, sérieux ou absurde, souvent taquin et rusé. C'est un
personnage moitié fou moitié sage, dont on a dit qu'il est
"tellement intelligent qu'il en devient bête ou il est si bête
qu'il finit par dire des choses intelligentes". On le retrouve en
action à la mosquée, au hammam, dans son vignoble ou sa maison, sur
la place du marché, et, s'impliquant dans un large spectre de
situations, de la narration enfantine naïve à la méditation
profonde, religieuse ou philosophique, il traite de questions comme
l'injustice sociale, la paresse, l'étroitesse d'esprit, la
gourmandise, l'égoïsme, l'ignorance, les privilèges de classe, la
mort, le destin de l'homme, les mystères de la vie, etc.
Et Il y a plein d'aventures et
d'histoires de Djeha qu'on raconte chez nous, à l'image de
celles-ci:
Le
voleur
Djéha
a toujours gardé ses économies dans un petit coffre soigneusement
caché.
Un soir, un voleur s'introduit chez
lui et emporte ce petit coffre. La femme de Djéha sanglote à fendre
l'âme, et Djéha la console
Ne t'inquiète pas, il ne pourra pas
l'ouvrir, j'ai gardé la clé
A l'aide !
Djeha !!!
En
plein nuit, on frappe violemment à la porte de Djéha. Il se lève et
va ouvrir. C'est sa voisine, effrayée :
-"Djéha, Djéha, viens vite, je t'en
supplie ! Deux hommes sont entrés chez nous et ils sont en train de
battre mon mari .."
-"Écoute, chère voisine, je crois
que deux hommes suffisent largement à tabasser ton mari. Je ne suis
pas sûr qu'ils aient besoin de mon aide."
La
Djellaba
Jeha
habitait au 5e étage d'un immeuble et il lui arrive que sa djellaba
qu'il a lavée et laissée sécher au balcon, se détache et tombe sur
la chaussée.
Les voisins ayant reconnu cette
djellaba comme étant celle de Djeha, la lui ramènent.
Et le voilà fou de joie en se
mettant à crier : "Dieu merci, Dieu merci !!!"
...
Les voisins :
- "Ce n'est pas la peine de
nous remercier, c'est rien Djeha !"
- "Ce n'est pas pour vous que
je remercie Dieu, mais parce-que je n'étais pas dans ma djellaba
quand elle est tombée !" Leur répond-t-il.

Savoir
Un jour, Djeha-Hodja Nasreddin décida de
voyager pour parfaire son savoir. Quand un jeune homme lui demanda
quels gens il allait chercher à rencontrer, il dit, se rappelant
quelques sages paroles entendues au marché :
- Celui qui ne sait pas et ne sait pas qu'il ne sait pas, il est
stupide. Il faut l'éviter.
- Celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas, c'est un enfant.
Il faut lui apprendre.
- Celui qui sait et ne sait pas qu'il sait, il est endormi. Il faut
le réveiller.
- Celui qui sait et sait qu'il sait, c'est un sage. Il faut le
suivre.
Djeha-Hodja Nasreddin a fait une pause et a continué :
- Mais, vous savez combien il est difficile, mon fils, d'être
certain que celui qui sait et sait qu'il sait, sait
vraiment.
Le mur
Un
voyageur, de passage au village, demanda à un homme, adossé à un
mur, s'il connaissait bien Djeha ?
- Je voudrais le rencontrer, dit-il,
car on prétend qu'il est rusé. Étant donné que je prétends être
plus rusé, je voudrais me mesurer à lui.
L'homme lui répond :
- "Peux-tu caler ce mur avec
ton dos ? Ici, les gens du village se relaient pour éviter qu'il ne
tombe. Pendant ce temps, je vais aller chercher Djeha et je
reviens reprendre ma place."
Le voyageur s'exécuta aussitôt.
Au bout de quelques heures, des hommes du village qui se
demandaient ce qu'il faisait, l'abordent. Il leur expliqua ce qui
s'est passé. Ils lui répondirent :
- "Pauvre idiot, tu as eu affaire à
Djeha lui-même !!! "
Djeha et les
brochettes

Un
jour, Djeha passe devant un marchand de rochettes.Humm! Que cela
sent bon! Djeha a faim, mais il n'a pas beaucoup d'argent. Comment
faire? Il va acheter un morceau de pain et il revient.pour
s'arrêter devant le marchand de brochettes.
- "Tu veux acheter des brochettes?" demande le
marchand.
- "Combien en veux-tu?"
- "Non, non, je ne veux rien acheter", répond Djeha.
- "Alors va-t-en!"
- "Attends un peu", dit Djeha.
Il prend le morceau de pain et le tient au-dessus des brochettes
qui cuisent. La fumée monte vers le pain. Le marchand, étonné,
demande:
- "Que fais-tu?"
- "Attends un peu" répond Djeha. "Tu vas voir."
Au bout d'une minute, le morceau de pain est couvert de fumée et de
graisse qui sent bon. Djeha alors porte le morceau à sa bouche et
le mange.
- "C'est très bon!" dit il. "Merci et au revoir."
- "Mais tu me dois de l'argent" crie le marchand en colère.
- "Je ne te dois rien", répond Djeha. "Je n'ai pas mangé tes
brochettes, j'ai mangé seulement la fumée."
- "Allons chez le cadi!" (juge)
- "D'accord! Allons chez le cadi."
Ils arrivent chez le cadi et expliquent l'affaire. Le cadi demande
au marchand:
- "Combien d'argent lui demandes-tu?"
- "Je veux un dinar", répond le marchand.
- "Donne moi un dinar", dit le cadi à Djeha.
Il prend le dinar, le passe sous le nez du marchand, une fois, deux
fois, puis il le rend à Djeha.
- "Mais, monsieur le cadi", dit le marchand, "ce dinar est pour
moi. Pourquoi est-ce que vous le lui rendez?"
- "Voyons!" répond le juge. "Djeha a senti l'odeur de tes
brochettes, et toi tu as senti l'odeur de son argent.
Maintenant personne ne doit rien à l'autre."
L'habit ne fait pas le moine
Un jour, Djeha alla aux bains publics, mais on
ne le traita pas comme il l'aurait souhaité. On lui donna un vieux
peignoir de bain et une serviette élimée. Il ne dit rien et donna
une pièce d'or à chacun des hammamjis, qui se sont maudits de
l'avoir traité de si indigne manière.
Une semaine plus tard, il revint au
même établissement. Il fut chaleureusement accueilli, chacun
rivalisant avec les autres pour lui offrir le meilleur service
possible. En sortant, il donna un tout petit
pourboire.
- "Comment", dirent les employés,
cette somme ridicule pour ce que nous t'avons offert
!"
- "Ceci", répliqua Djeha, c'est pour
la manière dont j'ai été traité la semaine dernière. Le pourboire
de la semaine dernière était pour la manière dont vous m'avez
traité aujourd'hui."
Djeha et la
politique
Ce sera pour une autre
fois...
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Le coeur
perçoit ce que l'oeil ne voit pas
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